dimanche 9 novembre 2008

Tellement débile, tellement comme moi.

L'histoire ce passe il y a quelques années, durant les années lycées. Lorsque je rentrais chez moi, en bus, bien souvent, je me contentais de m'asseoir et d'attendre. Régulièrement, je discutais avec des camarades. Toujours, j'espérais vivre cette bien trop rare expérience, celle de la rencontre de moi avec moi, celle de la rencontre de moi avec ce jeune garçon.

Un jeune garçon, approximativement de mon âge, prenait également le bus pour rentrer chez lui. Il montait dans le bus après moi, et en descendait avant moi. Quand je l'ai vu la première fois, j'ai eu cette sensation étrange de me voir de l'extérieur. Il avait les mêmes gestes inélégants qui me caractérisent. On partageait ce même regard sur ce monde qui nous est étrangé, sur ce monde qui semble ne pas être fait pour nous. On avait la même façon d'être paniqué face à l'imprévu. Pour la première fois de ma vie, je rencontrais un semblable, un "comme moi", un martiens. Je me suis senti si bien. A partir de là, chaque fois que je prenais le bus, je n'avais qu'un souhait : qu'il soit là, présent, avec moi. J'étais toujours vers le milieu du bus, il était chaque fois à la première place. Il était toujours aussi "comme moi", c'était chaque fois un même plaisir de le voir. Pourtant hélas, jamais je n'ai osé aller à sa rencontre.
Ces courts instants où je n'étais plus sur terre mais sur ma planète se présentait régulièrement. Bien trop rarement à mon goût, mais régulièrement. Jusqu'au jours où le plaisir de le croiser s'est couplé d'une douleur...
On dit souvent que, à l'adolescence, les filles sont plus matures que les garçons. Je crois avoir rencontrer l'exception qui infirme la règle : un groupe de trois, peut-être quatre filles, avaient pris pour cible le jeune homme. Placées au fond du bus, elles ont trouvées à rire de lui. L'une d'elle à finie par dire "tu te rends compte, un accident, et tu te retrouve comme ça!". Je me suis senti tellement mal à ce moment, alors même que mes efforts étaient concentrés à tenter de rester un passager lambda de ce bus. Elle m'avait ouvert les yeux : ce garçon était ainsi suite à un accident. En effet, il allait dans ce qu'elles appelaient "le château", apparemment un centre de rééducation pour enfants handicapés, ayant un faible QI. Mais alors, jusqu'où étions-nous semblable? A partir d'où étais-je différent de lui? L'étais-je seulement? Comment pouvaient-elles lui avoir dit tout ça? Comment pouvaient-elles m'avoir dit tout ça? A partir de ce moment là, le voir ne représentait plus, pour moi, le même plaisir. Le voir ne me permettait plus de ne pas me sentir seul, le voir me rappelait au contraire a quel point j'étais seul.
Je n'ai que rarement rencontré d'autres personnes avec qui je me suis senti si parfaitement semblable. Comme les choses sont si mal faites : si je n'avais pas besoin d'en rencontrer, j'en rencontrerais à tous les coins de rues.

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